Les thèmes abordées par le département Patrimoine Industriel

Ecomusée du moulin de la Sée - Maison de l'Eau et de la Rivière

 

La fabrication du papier chiffon

 

Une brève histoire du papier

L’histoire du papier peut se résumer à relater les évolutions techniques réalisées depuis 2000 ans … En suivant la Route de la Soie, le papier chemine tout doucement de l’Orient vers l’Occident. On distingue quatre « périodes ».

1. La Chine : de -200 avant J.C. à 751 après J.C. Les premiers échantillons de papier ont été découverts en Chine au IIème siècle avant notre ère. Cependant, Cai Lun (62 -121) est considéré comme « l’inventeur » du papier : il en a codifié les techniques de fabrication vers l’an 105. La technique consistait à préparer la pâte à papier avec des fibres végétales diluées dans l’eau, utiliser un tamis (forme) pour fabriquer la feuille, puis la presser et la sécher au soleil.

2. Pays Arabes, de Samarkand (751) à Fez (1030) Les contacts des Musulmans avec les Chinois permettent la transmission des savoirs techniques papetiers vers le monde arabe qui saisit rapidement les apports économiques, sociaux et culturels du papier. Les améliorations apportées par les papetiers arabes consistent à prendre des vieux chiffons de lin ou des cordages de chanvre comme matières premières, d’y adjoindre de la chaux pour la décomposition des fibres, d’utiliser le pilon à maillets mû par l’énergie hydraulique pour préparer la pâte. Autre innovation : le collage à l’amidon (produit d’origine végétale) et le polissage des feuilles à la pierre pour obtenir un papier lisse sur lequel on puisse écrire plus facilement.

3. Europe : Espagne (1056), Italie (1102), France (1348) L’influence Maure sous laquelle l’Espagne se trouvait depuis le VIIIème siècle a permis l’installation de moulins à papier en Andalousie au début du XIème siècle. La Sicile se trouvait sur les routes maritimes entre l’Afrique et l’Europe, des échanges techniques et commerciaux ont entraîné la création de moulins à papier. Enfin, la fabrication du papier s’est transmise en France dans des régions commercialement stratégiques (Troyes et Paris) puis s’est diffusée, du XIIIème au XIVème siècle, dans la plupart du territoire. Les progrès constatés dans les moulins à papier sont l’utilisation de la roue à aubes comme énergie hydraulique, l’arbre à cames pour la mise en action des maillets dans les piles, la forme à papier avec un cadre rigide et un cadre mobile, l’usage du filigrane, l’emploi d’un feutre pour déposer la feuille, le collage à la gélatine et les étendoirs pour le séchage. La fabrication du papier se généralise dans les principaux pays européens à partir du XIVème siècle. L’utilisation du papier comme support de l’écriture se banalise dès le XVème siècle. Le procédé mis au point par Gutenberg (usage des caractères mobiles) a permis la diffusion des connaissances grâce à l’imprimerie.

4. L’ère industrielle : Angleterre (1803), France (1810) Trois étapes à remarquer dans le développement de l’industrie du papier : - Au XVIIIème siècle, la pile à cylindre remplace peu à peu les piles à maillets. Elle permet d’obtenir une pâte à papier de meilleure qualité et produite en plus grande quantité. - En 1799, Louis Nicolas Robert invente une machine à faire le papier d’une grande étendue. Son procédé est repris et mis au point par les anglais Fourdrinier et Gamble. La pâte à papier est déposée sur une toile mécanique et la feuille obtenue est séchée sur des cylindres chauffés à la vapeur. La production industrielle augmente d’une façon considérable et permet une diversification des qualités de papier. - L’usage du bois (à partir de 1865) comme matière première remplace peu à peu les chiffons pour certaines catégories de papier (impression/écriture notamment).

 

Le papier chiffon

 

 
L’activité papetière dans la vallée de la Sée

 

L’essentiel de l’activité « industrielle » de la vallée, avant l’installation d’ateliers de production de couverts dans la seconde moitié du XIXème siècle, reposait sur la production de papier. L’ancienneté de cette activité reste, faute de sources, difficile à préciser (archives datées de 1539). C’est surtout à partir de la seconde moitié du XVIIIème siècle, que l’on peut quantifier les établissement papetiers : 45 moulins en activité le long de la Sée selon la carte de Cassini. En 1810, on recensait 93 papetiers dans l’arrondissement de Mortain, occupant 448 ouvriers.

La présence de matériaux de qualité pour la construction des moulins, à des prix modérés, aurait facilité la construction des moulins à papier, ateliers n’exigeant qu’un outillage limité, lui-même peu onéreux. De plus, l’abondance de l’eau, ajoutée à la présence de chutes nombreuses et importantes, permettait l’installation de plusieurs roues. Toutefois, les moulins à papiers sont en déclin à partir du XIXème siècle. L’une des principales raisons réside dans le maintien de techniques de production anciennes sinon archaïques. La disparition des petits moulins à papier tient aussi à l’évolution du goût et aux nouvelles exigences des consommateurs qui demandaient un très beau papier à bon marché. En 1880, le moulin à papier des Frères Rennes, à Brouains, produisant du papier pour journaux, était le seul témoin de cette importante activité, vieille de quatre siècles.


 

La fabrication du papier chiffon
 

 

A leur arrivée au moulin, les chiffons sont lessivés puis découpés et triés. C’est le travail qu’effectuent les délisseuses.

Puis les chiffons arrivent au pourrissoir où ils sont aspergés d’eau pendant huit à dix jours et retournés pour obtenir une fermentation régulière. La durée de cette opération est essentielle pour la qualité du papier car un pourrissage trop long augmente fortement le déchet. Les chiffons sont placés dans les piles (auges de granit) remplies d’eau où battent les maillets qui martèlent le creux de pile. Ils y sont déchiquetés et défibrés. Cette opération dure 6 à 12 heures et produit la pâte à papier. Le gouverneur, ouvrier papetier, veille à l’opération et apprécie le degré de finesse de la pâte.

Celle-ci est ensuite placée dans la cuve à ouvrer (cuve en bois). L’ouvreur étend la pâte sur la forme en secouant doucement de droite à gauche et de gauche à droite, de façon à l’étendre uniformément sur toute sa surface. L’eau s’écoule à travers le treillage, ce qui donne une première consistance à la pâte. Le coucheur prend alors la forme et renverse la feuille sur un morceau de feutre. Le couple ouvreur/coucheur peut réaliser 7 à 8 feuilles par minute. La pile de 500 feuilles, ainsi obtenue, appelée rame, peut être mise sous presse pour l’essorer.

Une fois passée sous presse, les feuilles sont montées dans les étendoirs, vastes pièces (souvent le grenier) où des cordes sont tendues entre les éléments de la charpente. A l’issue du séchage, les femmes ramassent les feuilles pour les emporter au collage. La feuille sèche boit l’eau. Il est donc nécessaire de tapisser de colle sa surface. Ensuite, un nouveau passage sous presse extrait le surplus de colle. Enfin, les feuilles sont à nouveau lissées (on extrait les dernières aspérités ou saletés). Le papier est alors prêt pour la vente.


La pile à maillets