Une visite au moulin de Brouains

Ecomusée du moulin de la Sée - Maison de l'Eau et de la Rivière

Yorick le saumon vous invite à découvrir le musée.
Situé dans un ancien moulin à papier, construit au début du XVIIIe siècle, le Moulin de la Sée vous propose de découvrir les richesses naturelles, techniques et industrielles de la vallée de la Sée.

 

L'histoire de Yorick

 

 

 

 

 

 

 

Je suis né dans les eaux vives de la Sée. Cependant, je deviens vraiment adulte dans l'eau de mer lorsque j'entame ce long et périlleux voyage qui me conduit dans les eaux glacées du Groenland (mon voyage dure deux à trois ans). C'est là que je déguste mon plat favori : les crevettes qui me donnent ce joli teint rosé. Durant ces quelques années, je multiplie mon poids par cent.
Mais ce qui passionne le plus les chercheurs, c'est que je sais retrouver seul, à travers l'océan, le cap qui me ramène vers la Sée pour me reproduire. Je me dirige grâce à mon odorat et à ma mémoire. Pas besoin de carte ni de compas !
Je suis un poisson migrateur qui se pêche de façon sportive lors de ma remontée vers les zones de reproduction, en amont de ma rivière natale. On me dit " de printemps ", si j'ai passé plus d'un hiver en mer (je peux alors atteindre plus d'un mètre pour un poids de 8 kg), ou bien " castillon ou saumoneau " lorsque je n'ai passé qu'un hiver en mer, ce qui limite ma taille à 70 cm au maximum.
Ma pêche est réglementée et surveillée par la Police de l'Eau et le Conseil Supérieur de la Pêche.
Je suis l'un des seuls poissons que l'on pêche avant que je ne me reproduise et ma taille minimale de capture est de 50 cm. Pour ce qui est de la technique de pêche, elle dépend du savoir-faire de chaque pêcheur puisque je cesse de m'alimenter lors de ma remontée vers les zones de frayères.
Tout réside dans l'art de me localiser et dans la capacité du pêcheur à me taquiner. Ainsi je saisirai l'hameçon et son appât, non pas pour me nourrir mais par agacement.

 

 
Au temps des papetiers

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mes ancêtres ont vu la construction au cours des siècles, de plusieurs dizaines de moulins actionnés par l'eau. Ces moulins étaient parfois pourvus de deux, voire trois roues. Que d'obstacles à franchir !
Heureusement la nature a doté mon espèce d'une détente fabuleuse puisque je peux sauter jusqu'à 3 m 50 de haut.
L'une des principales activités des moulins de la Sée fut la fabrication du papier chiffon. En 1810, 93 papeteries sont recensées dans l'ensemble de l'arrondissement de Mortain, occupant 448 ouvriers et produisant 84200 rames. Imaginez la peine des hommes, et quel vacarme !

Tout commence par le délissage
A leur arrivée au moulin, les chiffons de chanvre, lin ou coton, sont lessivés puis découpés et triés. C'est le travail qu'effectuent les femmes.
Puis les chiffons arrivent au pourrissoir où ils sont aspergés d'eau pendant huit jours et retournés pour obtenir une fermentation régulière. La durée de cette opération est essentielle pour la qualité du papier car un pourrissage trop long augmente fortement le déchet.

La pile à maillets
Les chiffons sont placés dans les plies à maillets (auges de granit) remplies d'eau où battent les maillets qui martèlent les creux de pile. Ils y sont déchiquetés et défibrés. Cette opération dure de 6 à 12 heures et produit la pâte à papier.
Le gouverneur, ouvrier papetier, veille à l'opération et apprécie le degré de finesse de la pâte. Celle-ci est ensuite placée dans la cuve à ouvrer (cuve en bois).

La forme
C'est un châssis rectangulaire en bois en travers duquel sont tendus, à espace régulier, des fils de cuivre ou de laiton. On coud sur de treillage le filigrane, fil de laiton, dessinant une forme ou des lettres. C'est la marque de fabrique du papetier.

La fabrication de la feuille
L'ouvreur, ouvrier papetier, étend la pâte sur la forme en secouant doucement, de droite à gauche et de gauche à droite, de façon à l'étendre uniformément sur toute sa surface. L'eau s'écoule à travers le treillage, ce qui donne une première consistance à la pâte.
Le coucheur, ouvrier papetier, prend alors la forme et renverse la feuille sur un morceau de feutre. Le couple ouvreur-coucheur peut réaliser 7 à 8 feuilles par minute. La pile de 500 feuilles, appelées rame, peut être mise sous presse pour l'essorer.
Une fois passées sous presse, les feuilles sont montées dans les étendoirs, vastes pièces (souvent le grenier) où des cordes (généralement en tilleul) sont tendues entre les éléments de la charpente. A l'issue du séchage, les femmes ramassent les feuilles pour les emporter au collage.
La feuille sèche boit l'eau. Il est donc nécessaire de tapisser de colle sa surface. Ensuite, un nouveau passage sous presse extrait le surplus de colle. Enfin, les feuilles sont à nouveau lissées (on extrait les dernières aspérités ou saletés). Le papier est alors prêt pour la vente.

Le couple ouvreur-coucheur forme la base du personnel du moulin.
Ce tour de main si spécifique leur donne un grand pouvoir parmi les ouvriers " paptiers ".
Les femmes s'occupent de toutes les opérations de finition. Dans ces tâches, elles se font aider des enfants. Les conditions de travail sont pénibles au moulin : on s'active bien souvent à la lueur de la bougie, les ouvriers ont régulièrement les mains dans l'eau et ils dorment souvent sur place dans une atmosphère humide.
La journée débute très tôt, entre minuit et deux heures du matin, pour se terminer entre midi et 14 heures ce qui permet aux ouvriers de se consacrer aux travaux agricoles. Seuls les ouvriers dits " de la cour ", ceux travaillant à l'extérieur, ne travaillent pas la nuit : il s'agit notamment des mécaniciens, des menuisiers ou des délisseuses.

 

L'atelier d'un fabricant de couverts

Laissez-moi vous dire, moi Yorick le saumon, combien l'étain était fragile.
C'est pourquoi bon nombre d'industriels de la vallée, à l'image de la Maison Picard-Bazin, se sont lancés dans la fabrication des couverts en métal aciéré.
Les deux presses Bliss et le balancier, mus par la force hydraulique, servaient à cette fabrication. Elles proviennent du moulin de Rochefort à Tinchebray (Orne).
Pour éviter que le couvert en étain ne sa casse, on le renforce d'une armature en fer, placée à l'intérieur du moule sur laquelle le fondeur coule un alliage à 72 % d 'étain, 18 % d'antimoine (pour la rigidité) et 10 % de plomb. La technique du métal aciéré est utilisée par les grandes usines de couverts jusqu'en 1940 environ.
La cuve qui se trouve dans l'atelier permet de faire fondre l'étain, son pourtour est en brique réfractaire. Dans sa partie basse est aménagé un système de tuyauterie amenant la chaleur. Le fond de la cuve est percé de huit trous.
La plupart du temps, les épouses de fondeurs travaillent à l'usine comme " gratteuses " ; au moyen d'une lime, elles ébardent les couverts que l'on vient de fondre. Elles détachent ensuite les pièces, une par une, avant de les mettre dans des boites en bois.


 
Au temps des fabricants de soufflets

De 1907 au milieu des années 1960, l'usine Levallois Frères s'installe au moulin et y fabrique des soufflets industriels et domestiques.
La machine exposée, appelée " taille crayon ou cloche " permet d'arrondir en cône le bec du soufflet sur lequel on fixe l'embout.
L'ouvrier perce ensuite trois trous dans la partie centrale pour y placer la soupape qui deviendra au montage l'âme du soufflet (soupape en cuir par le jeu de laquelle l'air se trouve emprisonné puis chassé dans la tuyère). Enfin, le soufflet est placé dans le fumoir où il termine de sécher ce qui lui donne sa teinte.
Le décor " rosette " du soufflet exposé est le plus courant dans la vallée. La décoration ou fleurissage est réalisée à domicile par une ouvrière. La fleurisseuse se sert uniquement de compas. Elle débute en traçant le grand cercle entourant le décor au moyen d'un compas " chantourné ". Ensuite elle trace le décor intérieur. Seuls les feuillages sont gravés à la gouge.

--> Pour en savoir plus sur la fabrication d'un soufflet ...


 
Au temps des fabricants de couverts

 

 

 

 

 

A la fin du XIXe siècle, l'activité papetière a été relayée par une activité métallurgique importante.
Présente depuis au moins le XVIIe siècle dans la région de Sourdeval, elle est caractérisée par une très forte concentration de " grillous ".
Ces grillous sont restés chers à mon cœur de poisson migrateur. Au printemps, le grillou se déplace de village en village, avec son atelier composé d'une forge à charbon de bois, un établi et son étau, une auge en granit, les réserves en matières premières ainsi que les outils et les moules.
L'étameur ou grillou reprend les couverts en étain cassés et avec les morceaux en fabrique de nouveaux. Il coule le couvert dans un simple moule en bronze qu'il a aspergé d'un mélange de sanguine et de silicate de soude. Cette aspersion évite que le moule ne s'étame (ne se couvre d'étain). Le couvert est ensuite grossièrement ébardé au couteau puis poli avec une meule à drap.

Le couvert en inox
La matière première (inox brut) parvient à l'usine sous forme de feuille d'acier inoxydable.
La découpe des cuillères et des fourchettes se fait pièce par pièce et permet d'obtenir des flans. Ces derniers sont laminés (aplatis) de façon à leur donner l'épaisseur souhaitée et détourés (on enlève le surplus de matière) pour obtenir la forme voulue.
Au cours de l'estampage (emboutissage), une matrice va donner au couvert son volume et son décor selon le style du modèle.
En ce qui concerne les fourchettes, une autre opération s'impose, à savoir le découpage des entredents ; après quoi, miroir et dents sont estampés, le cambrage étant réalisé en même temps que le décor.
Les opérations de finitions : émerisage (meuler pour enlever les imperfections), polissage, dégraissage, contrôle et emballage, terminent le cycle de fabrication.


Le circuit de l'eau dans un moulin

 

Bief : retenue d'eau constituant la réserve d'énergie.
Déversoir : ouvrage régulateur (barrage ou seuil) situé en amont du moulin et équipé ou non d'un vannage. Il permet de dériver vers l'usine la quantité d'eau nécessaire (et légale) pour son fonctionnement. L'eau non utilisée rejoint la rivière par le canal de décharge.
Canal d'amenée : canal de dérivation aménagé par l'homme qui conduit l'eau de la prise d'eau au déversoir jusqu'au bief. Il peut être en bois, en granit ou cimenté.
Vanne ouvrière : vanne située en travers du bief, en amont immédiat de la chute et permettant de moduler le débit désiré pour actionner la roue et mouvoir les mécanismes.
Canal de fuite : canal recevant l'eau qui vient d'entraîner la roue. Il permet de restituer l'eau au cours d'eau naturel. Au passage, parfois sur plusieurs kilomètres, il peut alimenter les roues d'autres moulins.

 

 

 

 


 

 

 

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