Mes ancêtres ont vu la construction
au cours des siècles, de plusieurs dizaines de moulins actionnés
par l'eau. Ces moulins étaient parfois pourvus de deux, voire
trois roues. Que d'obstacles à franchir !
Heureusement la nature a doté mon espèce d'une détente
fabuleuse puisque je peux sauter jusqu'à 3 m 50 de haut.
L'une des principales activités des moulins de la Sée
fut la fabrication du papier chiffon. En 1810, 93 papeteries sont
recensées dans l'ensemble de l'arrondissement de Mortain, occupant
448 ouvriers et produisant 84200 rames. Imaginez la peine des hommes,
et quel vacarme !
Tout commence par le délissage
A leur arrivée au moulin, les chiffons de chanvre, lin ou coton,
sont lessivés puis découpés et triés.
C'est le travail qu'effectuent les femmes.
Puis les chiffons arrivent au pourrissoir où ils sont aspergés
d'eau pendant huit jours et retournés pour obtenir une fermentation
régulière. La durée de cette opération
est essentielle pour la qualité du papier car un pourrissage
trop long augmente fortement le déchet.
La pile à maillets
Les chiffons sont placés dans les plies à maillets (auges
de granit) remplies d'eau où battent les maillets qui martèlent
les creux de pile. Ils y sont déchiquetés et défibrés.
Cette opération dure de 6 à 12 heures et produit la
pâte à papier.
Le gouverneur, ouvrier papetier, veille à l'opération
et apprécie le degré de finesse de la pâte. Celle-ci
est ensuite placée dans la cuve à ouvrer (cuve en bois).
La forme
C'est un châssis rectangulaire en bois en travers duquel sont
tendus, à espace régulier, des fils de cuivre ou de
laiton. On coud sur de treillage le filigrane, fil de laiton, dessinant
une forme ou des lettres. C'est la marque de fabrique du papetier.
La fabrication de la feuille
L'ouvreur, ouvrier papetier, étend la pâte sur la forme
en secouant doucement, de droite à gauche et de gauche à
droite, de façon à l'étendre uniformément
sur toute sa surface. L'eau s'écoule à travers le treillage,
ce qui donne une première consistance à la pâte.
Le coucheur, ouvrier papetier, prend alors la forme et renverse la
feuille sur un morceau de feutre. Le couple ouvreur-coucheur peut
réaliser 7 à 8 feuilles par minute. La pile de 500 feuilles,
appelées rame, peut être mise sous presse pour l'essorer.
Une fois passées sous presse, les feuilles sont montées
dans les étendoirs, vastes pièces (souvent le grenier)
où des cordes (généralement en tilleul) sont
tendues entre les éléments de la charpente. A l'issue
du séchage, les femmes ramassent les feuilles pour les emporter
au collage.
La feuille sèche boit l'eau. Il est donc nécessaire
de tapisser de colle sa surface. Ensuite, un nouveau passage sous
presse extrait le surplus de colle. Enfin, les feuilles sont à
nouveau lissées (on extrait les dernières aspérités
ou saletés). Le papier est alors prêt pour la vente.
Le couple ouvreur-coucheur forme la base du personnel
du moulin.
Ce tour de main si spécifique leur donne un grand pouvoir parmi
les ouvriers " paptiers ".
Les femmes s'occupent de toutes les opérations de finition.
Dans ces tâches, elles se font aider des enfants. Les conditions
de travail sont pénibles au moulin : on s'active bien souvent
à la lueur de la bougie, les ouvriers ont régulièrement
les mains dans l'eau et ils dorment souvent sur place dans une atmosphère
humide.
La journée débute très tôt, entre minuit
et deux heures du matin, pour se terminer entre midi et 14 heures
ce qui permet aux ouvriers de se consacrer aux travaux agricoles.
Seuls les ouvriers dits " de la cour ", ceux travaillant
à l'extérieur, ne travaillent pas la nuit : il s'agit
notamment des mécaniciens, des menuisiers ou des délisseuses.